Inondations des 29 et 30 mai 2026 : déclarer son sinistre sans précipitation
Les intempéries et les inondations des 29 et 30 mai 2026 ont durement touché de nombreux foyers. Pour beaucoup de familles, voir son habitation envahie par l’eau, ses meubles abîmés, ses souvenirs détériorés ou ses pièces de vie rendues inutilisables est une épreuve particulièrement difficile.
Dans certaines zones wallonnes, les orages ont été très violents, avec d’importantes quantités de pluie en peu de temps et, localement, des chutes de grêle. Au-delà des chiffres, ce sont surtout des maisons, des caves, des garages, des commerces et des vies quotidiennes qui ont été bouleversés.
Après un tel choc, il est normal de vouloir nettoyer immédiatement, jeter ce qui est abîmé et retrouver au plus vite un logement propre et rassurant. Ce réflexe est compréhensible. Il permet aussi de reprendre un peu le contrôle sur la situation.
Mais avant d’évacuer les biens endommagés, il est essentiel de prendre le temps de constituer les preuves nécessaires pour l’assurance. Dans un dossier d’inondation, agir trop vite peut malheureusement faire perdre une partie de l’indemnisation à laquelle le sinistré pourrait avoir droit.
Déclarer rapidement, mais ne pas clôturer trop vite
La déclaration du sinistre doit être faite rapidement auprès de l’assureur ou du courtier. En Belgique, l’assurance incendie couvrant les risques simples doit en principe comprendre la garantie contre les catastrophes naturelles, dont l’inondation, conformément à la loi du 4 avril 2014 relative aux assurances, notamment ses articles 123 et suivants. Le SPF Économie rappelle toutefois qu’il faut toujours vérifier son contrat, les exclusions, la franchise et les limites de garantie.
Mais déclarer rapidement ne veut pas dire accepter trop vite une estimation définitive.
Après une inondation, certains dommages apparaissent seulement plusieurs jours ou plusieurs semaines plus tard : humidité dans les cloisons, déformation des planchers, gonflement des meubles, moisissures, odeurs persistantes, dysfonctionnement électrique, détérioration des chapes, isolants ou revêtements. C’est pourquoi un état de perte définitif ne devrait généralement pas être établi avant au moins trois semaines, le temps que l’ensemble des dommages visibles et différés puisse être constaté.
Dans un dossier d’inondation, aller trop vite peut réduire l’indemnisation. Une expertise correcte demande du recul, de la méthode et des preuves.
La règle essentielle : photographier avant de jeter
Avant de jeter quoi que ce soit, il faut prendre des photos.
Chaque pièce doit être photographiée dans son ensemble, puis élément par élément : meubles, électroménagers, revêtements, murs, plinthes, portes, objets personnels, matériel professionnel, marchandises, outils, archives, caves, annexes et extérieurs si ceux-ci sont concernés.
L’idéal est de procéder dans un ordre clair :
- Photographier la pièce dans son ensemble.
- Photographier chaque objet ou dommage séparément.
- Établir la liste des pertes dans le même ordre que les photos.
- Numéroter les photos et reporter le même numéro dans l’inventaire.
- Conserver les factures, extraits bancaires, garanties, modes d’emploi ou photos anciennes pouvant prouver l’existence et la valeur des biens.
Belgium.be conseille également de contacter rapidement l’assureur et de prendre des photos des dégâts afin de constituer le dossier d’assurance.
Si certains biens doivent être évacués pour des raisons d’hygiène ou de sécurité, il faut malgré tout les photographier avant enlèvement. Si possible, il est utile de conserver un échantillon : morceau de parquet, plinthe, revêtement, panneau, meuble ou élément endommagé.
Tenir un relevé des heures prestées
Un point souvent oublié concerne le temps passé à limiter les dégâts.
Les sinistrés doivent noter leurs propres heures de travail : nettoyage, pompage, tri, déplacement des meubles, démontage, évacuation, séchage, surveillance du bâtiment. Ils doivent également noter les heures passées par les amis, voisins ou membres de la famille venus les aider.
Ce relevé doit mentionner :
- la date ;
- le nom des personnes présentes ;
- le nombre d’heures prestées ;
- les tâches réalisées ;
- les éventuels frais engagés : location de matériel, sacs, gants, produits, conteneur, transport, déshumidificateur.
Ces éléments peuvent être utiles dans la discussion avec l’assurance, notamment lorsqu’ils se rapportent à des mesures prises pour limiter l’aggravation du sinistre. Le SPF Économie précise que la couverture minimale peut inclure les dégâts résultant de mesures prises pour la sauvegarde et la protection des biens et des personnes, ainsi que certains frais de déblaiement, de démolition et de relogement selon les conditions prévues.
Le rôle de l’expert d’assuré
L’expert mandaté par la compagnie d’assurance intervient pour évaluer le sinistre du point de vue de l’assureur. En face, le sinistré peut se faire assister par son propre expert : l’expert d’assuré.
Son rôle est d’aider la personne sinistrée à présenter un dossier complet, cohérent et correctement chiffré. Il vérifie les dommages, conseille sur les preuves à conserver, aide à établir l’inventaire, analyse les garanties du contrat, prépare l’état de perte et accompagne le sinistré lors des échanges avec la compagnie ou son expert.
L’expert d’assuré n’est pas là pour exagérer un dommage. Il est là pour éviter qu’un dommage réel soit oublié, sous-évalué ou mal présenté.
Dans un sinistre d’inondation, cette assistance peut faire une différence importante, car les dégâts ne se limitent pas toujours à ce qui est visible le premier jour.
Attention au Fonds des calamités
En Wallonie, une aide publique peut exister lorsqu’un phénomène naturel est reconnu comme calamité naturelle publique. Mais cette intervention dépend d’une reconnaissance officielle, des dates reconnues et de la zone géographique concernée. La Wallonie précise également que le sinistre doit avoir été déclaré à l’assurance lorsque les biens endommagés sont couverts par un contrat.
Il ne faut donc pas attendre une éventuelle reconnaissance de calamité pour prévenir son assureur. La déclaration à l’assurance reste une étape prioritaire.
Conclusion : méthode, preuves et patience
Après les inondations des 29 et 30 mai 2026, la priorité est évidemment la sécurité des personnes et la protection du logement. Mais dès que la situation le permet, il faut constituer les preuves.
Photographier avant de jeter.
Lister les pertes dans l’ordre des photos.
Conserver les justificatifs.
Noter toutes les heures de travail.
Ne pas accepter trop vite une évaluation définitive.
Laisser le temps aux dommages différés d’apparaître.
Dans ce type de dossier, la précipitation est souvent contre-productive. Un sinistré bien conseillé, bien organisé et assisté par un expert d’assuré augmente ses chances d’obtenir une indemnisation plus juste et plus complète.